Mémoire, belle mémoire, dis-moi…

ann2017

Longtemps avant d’entreprendre le cycle de la Chronique des enfants de la nébuleuse, bien avant que Laurie, Gretchen et Puck-Phooka ne donnent naissance aux récits de Samhain et de L’Alcyon, un de mes personnages, Grégoire était confronté à une épreuve sans précédent dans l’histoire de l’humanité, matérialisation d’une peur obscure qui hante nombre d’écrivains. C’est ce récit que je partage avec vous aujourd’hui grâce à mon neveu Dominic sans qui mes romans n’auraient jamais pu quitter leur format de papier.

Je venais tout juste de terminer Les Douze pierres – un suspense judiciaire qui recevra le prix Arthur Ellis quand il sera publié quelques années plus tard –, au moment où j’ai commencé à écrire l’histoire de Grégoire, treize ans, dont la mémoire était ainsi faite qu’il se souvenait du plus petit mot, de la moindre virgule des romans qu’il avait lus et aimés, sans jamais se souvenir de les avoir lus.

Je me levais le matin, pressée de replonger dans l’histoire, je faisais des promenades en forêt avec Balboa et Maya pour résoudre des problèmes que j’avais moi-même inventés dans la journée et j’éteignais l’ordinateur à regret le soir parce qu’il faut bien dormir. Le bonheur était à son comble. Au bout d’un mois et demi, Les Mémoires interdites était achevé et le sort de Grégoire, scellé.

Terminer un roman, c’est comme quitter un pays à la découverte duquel on est parti le cœur léger, rempli d’espoir, et dont on se sépare à regret au terme du voyage en faisant le vœu secret, jamais réalisé dans mon cas, d’y revenir un jour.

Je ne suis pas retournée en Écosse, pas plus qu’en Grèce, au Sénégal, au Pérou ou en Égypte malgré le désir que j’en avais. Mais je suis revenue au pays de Grégoire. Une fois sur place, j’ai changé un mot ici et là pour un autre qui me semblait plus fidèle à la réalité. Et en m’approchant de la fin, j’ai aussi eu envie de changer le destin.

L’épilogue virtuel des Mémoires interdites est non seulement différent de sa version de papier, mais ce faisant, j’ai infligé une entorse à la flèche du temps qui n’inverse jamais sa course. Mais que serait la vie sans entorse? D’ailleurs, j’avoue que ce n’est pas ma première offense à ce principe, j’y ai consacré mon premier roman qui viendra rejoindre les autres un de ces jours sur ce site.

D’ici là, si le sort de Grégoire vous intrigue, le livre vous attend sur la page Romans de mon site, un clic et il est à vous. Bonne fête nationale!

 

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Québec, 21 juin 2019

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NOËL AUX OISEAUX

SAPIN2018

C’était au tournant du siècle dernier… plus exactement pendant les vacances de Noël. Florian et moi habitions Saint-Augustin, dans la maison de ma famille sur la Butte où, depuis notre arrivée une dizaine d’années auparavant, nous nous étions mis à nourrir les oiseaux, parfois aussi les écureuils et les ratons qui profitaient de l’aubaine en s’ingéniant à faire main basse sur le contenu des mangeoires.

Mais nous avions nos ruses pour protéger la nourriture de « nos » oiseaux, petites mésanges à tête noire, sittelles à poitrine blanche, roselins familiers, juncos ardoisés, geais bleus, pics mineurs et chevelus, tourterelles tristes. Les gros-becs errants, ces ravissants bohémiens, étaient les moins fidèles, au point où on craignait parfois de ne plus les revoir, les quiscales et les étourneaux revenaient sans hésiter chaque printemps; le grand pic ne nous a honorés de sa présence que deux ou trois fois.

Donc, cette année-là, j’avais terminé le récit de Samhain, la nuit sacrée, et je m’étais tellement amusée que je n’ai pas pu m’empêcher de poursuivre sur ma lancée. C’est là que j’ai eu l’idée, un jour que je me promenais avec nos deux bergers belges, Balboa et Noah, dans le bois derrière la maison, de parler des oiseaux, poussée sans doute par l’inquiétude de les voir disparaître du ciel. C’était, le calcul est simple, il y a 18 ans. L’inquiétude, plutôt que de s’estomper, a grandi. Et il se trouve que mon manuscrit, qui a sommeillé dans un tiroir toutes ces années, arrive au moment où ils sont plus en danger que jamais. Avec sa publication en ligne, je clos un autre cycle de ma vie d’auteure, celui au cours duquel j’ai vu tous mes récits publiés, la plupart sur papier, mais quelques-uns, les petits derniers, virtuellement. Dans mes tiroirs, il reste quantité de farine pour fabriquer de la pâte à roman, et  je travaille à rassembler l’ingrédient le plus rare et le plus précieux de la recette, le temps.

L’Alcyon ou l’oiseau fabuleux est mon cadeau pour vous, jeunes lecteurs, qui avez aimé Samhain et qui anticipez le plaisir de revoir Laurie, ce bon vieux Puck-Phooka et Gretchen, l’irascible libellule. Il vous suffira, comme la première fois, de vous téléporter sur la page Romans de mon site et de repartir avec votre exemplaire virtuel… sous le bras ou de le lire directement sur place, comme on dévore un morceau de gâteau tout juste sorti du four, sans prendre le temps de le mettre dans une assiette.

Joyeux Noël! Que l’année qui vient vous apporte chaque jour son lot de fantaisie et d’aventure.

Ann :0)
Québec, 20 décembre 2018

LA MAGIE, NOTRE VOISINE

AnnAmazonie

Un jour, on m’a demandé d’écrire un roman dans la nouvelle collection arobas jeunesse, destinée aux jeunes de dix ans et plus. Seule contrainte, il fallait introduire la nouvelle technologie, sous une forme ou sous une autre, dans la trame du récit.

En faisant courir mon imagination, je me suis amusée à repêcher des matériaux épars de cette période trouble et pourtant heureuse de ma vie, un mélange de pouvoir dont on ne sait rien encore, mais qu’on rêve d’exercer, de craintes qui nous cernent de toute part devant l’inconnu, de rites pour tenir la peur à distance et, en contrepartie, de confiance grâce à l’amour qui nous protège et de joie sous l’effet de la magie, notre voisine.

Mon rapport à l’ordinateur a toujours eu un petit côté miraculeux qui allait comme un gant à cette proposition. Entre la magie ancienne et la nouvelle, j’étais en pays de connaissance.

Le récit de Samhain, La nuit sacrée a été publié une première fois en 2001 recevant dans la foulée le sceau d’argent du Prix M. Christie. Puis l’éditeur est retourné à ses premières amours et moi à mes moutons, la révision linguistique devenue mon second métier.

L’Halloween approche à grands pas, et ensuite Noël ne sera plus très loin. J’avais envie que Laurie, qui détient des informations de première main sur ces deux fêtes, puisse les partager avec une nouvelle cohorte de petits lecteurs. Ayant troqué ses habits de papier pour de nouveaux habits virtuels, le roman est offert gratuitement. Il suffit de vous téléporter sur la page Romans de mon site et de repartir avec si le cœur vous en dit.

Un avant-goût, ça vous tente? Voici la quatrième de couverture :

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« Sur l’écran devant Laurie, sans qu’il se soit agi d’un jeu qu’elle aurait d’abord introduit dans l’ordinateur, se trouvait une très vieille forêt de chênes. Sa main était immobile et, en principe, l’image aurait dû l’être aussi, mais elle venait de remarquer un grand pic qui traversait le ciel en direction de la forêt. »

Tous les enfants le savent, la réalité a des frontières bien plus imprécises et bien plus mystérieuses que celles qu’on lui prête en général. Et qu’on se le dise, ce n’est pas un ordinateur et ses puces qui empêcheront le Petit Peuple, ses fées et ses gnomes de circuler tout près de nous et de dresser, chaque automne, la table des célébrations anciennes, en souvenir d’un lointain rendez-vous oublié des hommes.

En décembre, Laurie reviendra partager des informations jamais révélées sur l’endroit où s’en vont les oiseaux quand la terre devient trop inhospitalière, dans un récit inédit jusqu’à présent  L’Alcyon ou l’oiseau fabuleux. Joyeuse Action de grâces!

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Québec, 8 octobre 2018

PROMESSE TENUE

AnnLamontagne

Enfin libre!
Je respire enfin à l’aise.
Tout ce chemin parcouru, ce silence involontaire, comme une promesse non tenue, alors que le dernier manuscrit existait et qu’il eut été si facile de le laisser vivre, rejoindre ses lecteurs, et se laisser aimer, ou pas.
Au printemps 2010, j’arrivais au terme d’un cycle d’écriture de sept ans. Le récit des Enfants de la nébuleuse, commencé en 2003 grâce à une bourse de 20 000 $ du Conseil des arts du Canada, et poursuivi au fil des ans à travers les contrats et les aléas de la vie, arrivait finalement au bout de son voyage dans un cinquième et dernier tome, L’année du jubilé, qui n’a, à ce jour, jamais été publié.
Chaque année, depuis 2006, je terminais un tome de la pentalogie qui paraissait chez Vents d’Ouest au moment de la rentrée sous les auspices de Colette Michaud, sa directrice générale. En avril 2010, le dernier manuscrit finalement achevé, je l’ai présenté comme nous en avions convenu à Michel Lavoie, devenu responsable des publications chez VO deux ans plus tôt. Étrangement, cette année-là, contrairement aux deux précédentes, il m’a annoncé qu’il ne l’avait pas inscrit dans le calendrier des publications.
Puis, les quatre tomes déjà parus ont rapidement été envoyés au pilon après qu’on m’eut offert d’en racheter les exemplaires à prix dérisoire, comme il est d’usage en édition quand on ne veut plus des livres dont on a la charge.
Un autre cycle de sept ans a alors commencé, un cycle de chagrin, d’espoirs de publication avortés, et s’en est allé. Jusqu’à ce que je décide de passer outre la barrière, comme on appelle à Lomé le rouleau de vagues qu’il faut franchir à ses risques et périls pour atteindre le large ou au contraire parvenir à regagner le rivage, et qu’avec l’aide précieuse de mes neveux Pascal et Dominique, je m’invente un fonds de commerce, une page où je serais seule aux commandes.
Les enfants de la nébuleuse allaient revivre.
Je ne suis pas peu fière aujourd’hui de l’offrir gratuitement aux lecteurs qui auront envie d’embarquer dans l’aventure pour la découvrir ou simplement pour en connaître le dénouement.
C’est la raison d’être de ce site. Offrir librement ce que j’ai écrit avec passion et en toute indépendance, puisque je n’ai jamais su obtempérer aux éditeurs qui ont tenté de me dire quelle recette suivre, quel mot ne pas employer, quelles pages supprimer.
Il n’a fallu qu’un geste très simple, celui de mettre l’histoire à la disposition du lecteur qui en fera usage au gré de son bon vouloir.
Promesse tenue!
Ann :0)
Québec, 14 février 2018